Jeudi 9 avril 2009
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21:46
Attention, disque important! Le genre de galette dont on se souviendra quand on évoquera la musique en 2009 dans la Sarkozie.
"L'Angle Mort", 2e album de Zone Libre, c'est d'abord un casting de choix. Pour situer, on retrouve Serge Teyssot-Gay (Noir Désir, Interzone...), Cyril Bilbeaud (ah, Sloy...), et Marc Sense (Yann
Tiersen) pour la section rythmique, Casey (qui fait passer 1 génération de slameurs pour les petits chanteurs à la croix de bois) et Hamé (La Rumeur) pour la section flow chirurgical et engagé.
Zone Libre, c'est donc un univers rock, sombre, noisy, et le meilleur du rap hardcore français. Vous allez me dire, un bon casting, un mélange a priori contradictoire, faut voir... Mais là, sur 9
titres, vous avez la preuve que ces derniers "résistants" de notre "France occupée" (hé, ils s'appellent Zone Libre...) n'ont pas juste rajouté une ligne à leur discographie et que ce disque est
aussi une vraie prise de position politique.
L'introductif "Les mains noires" est un hommage à Aimé Césaire, disparu en 2008, dont le discours sur la "colère créatrice" qui jalonne le morceau trouve un écho parfait avec l'actualité dans les
DOM-TOM (notamment le combat victorieux du LKP en Gaudeloupe). C'est aussi un hommage à ces auteurs et à ces personnages qui ont construit la fierté et le parcours artistique et personnel de
Casey et Hamé. Musicalement, ce morceau pose aussi le style de l'album, des rythmiques sombres, lourdes, syncopées, éclairées par les stridences électriques et autres gimmicks de la guitare de
Serge Teyssot-Gay. Sur le titre suivant, Hamé cherche "L'Angle Mort", cette zone libéré (encore...) de la répression, cet espace de désobéissance civile, de résistance, nécéssaires pour
construire une autre France.
"Içi la périphérie est au centre, et des territoires libérés s'inventent, au point du soir, au point d'y voir clair dans le noir"...
"Au départ des courts-circuits, au croisement des contraires
Au carrefour des massacres, au point d'impact des colères
A contre-courant, envers et contre toutes les muselières,
A la périphérie des genres, au coeur des poudrières".
On termine en fanfare le premier tiers de l'album avec "Purger ma peine", titre énorme au refrain dévastateur, où Casey commence son show, plaque son flow, précis et acide, et impose sa présence
physique énorme (vraiment impressionnante sur scène). Ca envoie du lourd, et rappelle de façon cinglante les décennies d'"oublis de la République".
"Le climat est pesant, les gens sont épuisés
Veulent les têtes des méprisants sur le banc des accusés
Le projet est séduisant, et les lames aiguisées
Qu'il serait plaisant de tous les saigner à L'Ely..."
La rime est volontairement rendu inaudible (même si elle ne fait aucun doute) par un effet de studio, certainement pour éviter de donner du travail aux censeurs zélés de Sarkozy et/ou leur
permettre de continuer l'acharnement judiciaire contre Hamé (cf son procès vs Sarko depuis 2002).
6 minutes intenses, une vraie réussite, la symbiose parfaite entre rock et hip hop.
Sur "E.L.S.A.", titre bien nerveux, Hamé fustige le "cyclope de l'hyper répression urbaine", les fichages (Edvige...) en tout genre de la population française, notamment dans les zones dites
"sensibles", processus mis en place depuis longtemps et développé par Sarko depuis 2004 quand il était ministre à l'Intérieur.
"Le Mur", est une métaphore lente et sombre de la vie banlieusarde, déclamé froidement par Hamé qui explose au final dans un superbe déluge de larsens.
Dans "Une tête à la traîne", changement radical avec le flow de Casey, précis et tranchant qui rivalise de dextérité et de virtuosité avec la guitare plaintive de Serge Teyssot-Gay. Vraiment
impressionnant.
"1/20" retrouve le duo Casey-Hamé au meilleur de sa forme calés au millimètre sur une rythmique nerveuse, pour un morceau musicalement proche de ce qu'aurait pu faire un Noir Désir sur
Tostaky.
Ensuite, arrive ce qui est définitivement la réussite de l'album à mon avis. Le lent et crépusculaire crescendo de "La chanson du mort-vivant"... le flow intense de Casey épousant parfaitement la
musique, les textes sombres et remarquables, l'explosion finale, à écouter impérativement! S'il restait un doute sur la validité de ce projet, ce titre le balaye sans problème. Une bonne grosse
claque, comme j'en ai entendu rarement ces derniers temps, à ranger du côté des bons titres de Programme, de La Rumeur... ou de Casey. Ce titre + "Purger ma peine" valent à eux seuls l'achat de
cet album.
"Maintenant" clôture l 'album de belle manière, et résonne comme un ultime appel à la résistance contre le "petit affreux" et sa "marche forcée vers une certaine idée de la France". Sur un tempo
que n'aurait pas renié un Rage Against The Machine, Hamé sonne la charge:
"Ils ont promis de faire durer le feuilleton
De faire brûler le torchon
De faire ce qu'il faut pour qu'on
Visse nos culs à table
En caressant les couilles du diable
La bouche coulée dans le plomb
Comme au soir d'une perquisition
Sous les pavés le fourgon
Sous les pelures d'oignons
Je reprends mon souffle
Parmi les lettres de délation
Assigné, assiégé, assailli non pas assagi
Je me présente à mes juges
la tête toujours pleine d'hérésie"
...
"C'est maintenant que tout commençe
avec cette marche forcée vers une certaine idée de la France
y'a t'il encore des hommes qui pensent"
Un brulôt qui résume la portée de cet album, véritable cocktail molotov balancé dans la torpeur générale, véritable écho aux luttes sociales passées, présentes ou à venir, véritable acte de
résistance au démantèlement des libertés fondamentales entrepris dans notre pays. Alors oui, j'ose, cet album est indispensable en 2009! A écouter, à faire écouter, à transmettre, à voir sur
scène. L'album de résistance (politique) par excellence!
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